Etre ou ne pas être bête en cour sur bouclier...
jeudi  29 juillet  2010
Bonne lecture !
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38ème Chronique

Poitiers paupérisée !

Kritix, le jeudi 19 novembre 2009 - 578 consultations

Poitiers se fait porter pâle, depuis que le CCI quitte le plateau pour la Technopole, depuis qu'une nouvelle épicerie sociale investit le plateau... Un plateau repas pour une capitale régionale en sursis qui augmente constamment son parc HLM ; une ville sur le déclin qui n'arrive plus à endiguer l'appauvrissement des siens...
       A défaut d'enrichir la ville pour mener d'audacieuses politiques solidaires, le Conseil du premier édile Alain Claeys cautérise ce qui peut encore l'être, à défaut de suivre le modèle Raffarin de la Technopole du Futuroscope, seul pourvoyeur de nouvelles richesses dans la Communauté d'Agglomération de Poitiers !

Sous le sceau de notre pauvre république, tellement éconduite par trop des carriéristes de la démocratie représentative française, les élus de Poitiers se rassemblèrent pour cette séance plénière du 16 novembre 2009. L'atmosphère était des plus spécieuse... Sous le couvert du « tout va très bien madame la marquise », les colères rentrées de beaucoup firent ici et là irruption, malgré les vaines tentatives de domestications ; comme il en sera fait montre tout au long d'une séance publique augurant les moments de vérités de 2010...

De gauche à droite : l'adjoint au maire Francis Chalard, la 1ère adjointe Christine Sarrazin-Baudoux et le député-maire Alain Claeys.
Conseil municipal du 16 novembre 2009.
De gauche à droite : l'adjoint au maire Francis Chalard, la 1ère adjointe Christine Sarrazin-Baudoux et le député-maire Alain Claeys. Conseil municipal du 16 novembre 2009.
© kritix.com

18h05, comme il se doit, le maire de Poitiers rendit dignement l'hommage funèbre à une rescapée de la barbarie nazie : madame Claude Bloch, disparue à 95 ans le 12 novembre dernier et inhumée à Paris au cimetière du Père Lachaise. Madame Claude Bloch passa son enfance au domaine de la Mérigotte, aux portes de Poitiers. Fille de Jean Richard Bloch, avec son frère et sa sœur, elle porta sa mémoire (voir l’Association Études Jean-Richard Bloch et ceci) et son œuvre, ce paraphe d'une certaine France ; comme se doivent de le faire les dignitaires d'une nation millénaire. Depuis sa maison parisienne, elle fit rayonner l'œuvre de son père pour mieux diffuser cette mémoire de France. Cette abnégation est aussi ce deuil, celui de sa sœur résistante France Bloch Sérazin, guillotinée par les nazis. Pour Claude Bloch, ce fut l'exil en Argentine pour dépasser peu ou prou les stigmates du nazisme... Un documentaire consacré à la mémoire de France Bloch Sérazin fut d'ailleurs projeté à Poitiers en présence de Claude Bloch, il y a un mois à peine (On peut se procurer cet admirable documentaire). Ce passage de flambeau, cet adieu serein, son exemplarité, force le respect au Panthéon des grandes œuvres universelles de France.
       Alain Claeys, digne, « [Je rappelle] l'engagement [de Poitiers] sur le projet scientifique de la Mérigotte, discuté avec la famille et moi-même à l'assemblée nationale. »

D'un coup, les joies spirituelles s'éclipsèrent. Doctement, le maire s'appliqua dans la posture classique d'une opposition convenable, « On est à la veille du congrès des maires. [...] C'est inquiétant. Nous sommes dans une situation grave sur deux projets de loi : l'un sur la taxe professionnelle et l'autre sur la réforme des collectivités territoriales. Ce ne sont pas des réformes. Les ressources financières d'une collectivité locale sont pour moitié les entreprises, pour moitié les ménages. Je suis incapable de faire une simulation sur le possible transfert massif sur les ménages. Les ressources des collectivités territoriales sont mutilées. Les politiques publiques sont revues à la baisse. Il n'y a pas de perspectives sur les ressources. [...] Qu'adviendra-t-il après la suppression de la compétence générale ? C'est une réforme prise à l'envers. [...] Oui, il faut une réforme, mais [il faut] discuter les compétences et les ressources propres. [...] Il y a une recentralisation forte avec la crainte énorme d'un financement à l'aveugle porté par les ménages. »

Madame la conseillère municipale et opposante Maryse Desbourdes, lors du conseil municipal du 10 avril 2009.
Madame la conseillère municipale et opposante Maryse Desbourdes, lors du conseil municipal du 10 avril 2009.
© kritix.com

Alain Claeys continua, « C'est un scandale pour les collectivités territoriales que sont ces transferts vers d'autres et les injustices qu'elles suscitent. [...] Demain, le premier ministre vient s'exprimer devant les maires [Il se fera copieusement chahuté, NDR], alors que ce devrait être le président de la République ! » Tiens,tiens, monsieur Claeys s'indigne du mépris présidentiel pour le pouvoir local : Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa est en Orient où il prépare la finance islamique.
       Le maire termina « C'est important et grave pour l'avenir, car cela concerne la vie quotidienne... » Cela va surtout obérer le poids de l'impôt local et national, alors que le maire Alain Claeys multiplie les dépenses, comme si la dette n'était que le seul levier ; comme si des budgets non vitaux ne pouvaient pas être coupés en attendant l'assainissement des finances de Poitiers qui n'investit pas, à sa juste mesure, dans le développement économique ; contrairement au département de la Vienne ! Alain Claeys ne sait plus qui il est vraiment : à multiplier les fonctions, il se perd dans cette course effrénée aux honneurs déjà oxydés...

Alain Claeys fera savoir à son parterre de « petits » élus qu'il est membre de la commission des finances à l'assemblée nationale et laissera entendre qu'à ce titre, il a la légitimité pour discourir des arcanes du sarkozysme. Nul élu ne saurait lui contester cette légitimité...
       Subrepticement, le naturel de la langue de bois reprit possession du président député maire de Poitiers, qui se targua de sa légendaire posture, « On n'est pas là pour refaire le débat parlementaire [sur la TP] ! » après avoir fait remarquer, dans sa grande mansuétude, que lui seul avait le pouvoir d'inscrire le débat sur la taxe professionnelle durant cette séance publique. Évidemment, les élus ne sont pas là pour débattre... Vive la casuistique ! Alain Claeys, plus transparent que jamais : translucide ! La concertation c'est pour l'apparat !

C'est alors que l'opposante et conseillère Maryse Desbourdes, indignée par la désinvolture du grand élu, lança glaciale, « On n'est pas d'accord avec la suppression de la taxe professionnelle, mais pas pour les mêmes raisons ! » La conseillère trouvait que la référence Jospin, avancée par Alain Claeys, en matière de réforme, n'était pas de bon aloi... « Le cadeau de 12 milliards, les ménages devront le payer : ou bien par une baisse des services publiques, ou bien par une hausse des impôts ! Les sénateurs UMP préparent la réforme de la taxe professionnelle ! Sarkozy veut contrôler les collectivités territoriales ! »
       Le maire ignorera sèchement son opposante, avec la brutalité d'un sophiste, « Une personne du public est assise sur le banc d'un élu, alors que madame Coleau est derrière ! » Petit détail : il s'agissait de montrer que les fréquentations de son opposante n'observaient pas les usages de bienséances. C'est à ces détails que l'on mesure l'hypocrisie péremptoire d'une certaine moralité publique... Aucun élu n'ajouta quoi que ce soit aux paroles du maître des séances...
       Le communiste Jean Jacques Guérin sortit de sa réserve, « C'est un déni de démocratie : on ne consulte pas les élus sur la taxe professionnelle ! Or, le maire étant le plus connu [des élus], on touche à la démocratie ! La distance entre l'élu et le citoyen s'accroît ! Supprimer le millefeuille [administratif] est ridicule en terme d'économies : dans la Vienne ce ne serait que 240 000 euros [d'économie] pour 350 000 000 euros [de budget] ! C'est moins de démocratie : c'est très grave ! » Les élus socialistes ne crurent pas bon d'intervenir pour compléter la voix du maître des séances.

Poitiers, place d'armes, un soir d'avril 2009.
Poitiers, place d'armes, un soir d'avril 2009.
© kritix.com

18h26, le président député-maire, d'un air dégagé, « On commence le conseil municipal... » Le conseiller modem Maxime Huille demandera justifications de lignes de comptes, auxquelles le maire et ses services lui répondront diligemment. Il eut été plus rapide de tout notifier dans les délibérations : c'est à ces détails que l'on perçoit la volonté de rendre abscons ce qui ne doit pas l'être !
       Le maire, « Vous êtes éclairé ? »
       Après que tout le monde eut été « éclairé », expression de prédilection du maire qui préfère jargonner diplomatiquement plutôt que de nommer les choses par leur nom, Francis Chalard, l'adjoint aux finances, s'appliqua à égrainer les lignes de comptes, avec la délicate et dispendieuse gestion du TAP, des Expressifs et de Toit du Monde, héritée de l'ère Santrot. L'adjoint est sur le pont avec la mission impossible de négocier le moins pire, en taux, pour les finances municipales en délicatesse avec un endettement qui commence à menacer sérieusement l'équilibre budgétaire. Il réussit cependant à baisser le coût de la trésorerie : ce qui est chose bonne pour tous. Quant à lui, en d'autres temps, le maire sut redresser les finances de Solférino : il ferait tout pour ne pas devenir un éléphant... Signe de maturité ? La mutualisation des dépenses se développe, ce que le maire dénommera tout sourire, « cellule de dégrisement ». Sa priorité est de combler les déficits partout où c'est possible ; ce qui n'est déjà pas si mal !

L'opposant UMP Stéphane Braconnier regrettera, sur les dysfonctionnements dans la gestion du TAP, « Il y a un rapport non transmis ! »
       Le maire prit son couvre-chef de président communautaire, « Je donne la priorité au bureau de la CAP ! » L'adjointe Magali Barc justifia que toutes les réunions n'avaient pas eu lieu.
       L'opposant Modem Philippe Mahou, « Merci pour ces éclaircissements ! Nous nous abstiendrons puisqu'il n'y a pas eu de commissions ! »
       En ce qui concerne une subvention culturelle de sauvetage du TAP, le Modem s'interrogea sur la viabilité du projet. Le maire fit remarquer en souriant, « La question n'est pas mauvaise... »

Brusquement, la conseillère Maryse Desbourdes coupa le concert d'amabilités, « Je voudrais revenir sur les évènements du 10 octobre dernier, que nous ne tairons pas ! La république est née d'un coup d'état en 1958 ; il faut redonner le pouvoir au peuple. C'est un déphasage total que celui de n'en faire que pour le fric ; quand la première sécurité est la SECU. Plus l'état social recule, plus la sécurité pénale augmente ! Sur la journée anti-carcérale, la position du conseil municipal est écœurante : comment ne pas se révolter contre cette justice expéditive aux comportements vexatoires ? »

Le maire s'est rangé derrière le principe d'indépendance de l'institution judiciaire, en niant la réalité du pouvoir sarkozyste qui pratique, en la circonstance, une justice politique et expéditive ; l'affaire Coupat illustre aussi ces égarements de la sarkozie que les suivistes entérinent sans autre forme de procès ! L'ultra gauche est cet anathème sarkozyste pour criminaliser la frange radicale de la gauche ; tout comme l'est, de son côté, l'ultra-libéralisme de droite qui, lui, est porté aux nues en Sarkozie. Jugez qu'en ce domaine, il y a manifestement une justice à géométrie variable où ceux qui l'avalisent se fourvoient dans un légalisme contraire à nos principes républicains... L'impunité des grands élus sera prochainement une réalité avec la suppression des juges d'instruction par les désidératas du double discours de Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, président d'une république en déshérence !

Toits de Poitiers en juillet 2009.
Toits de Poitiers en juillet 2009.
© kritix.com

Maryse Desbourdes, hors d'elle, « C'est une réponse de répression à l'encontre d'une jeunesse sans avenir, sans perspectives, dans une société où l'on ne peut plus manifester à visage découvert ! Votre politique ni gauche, ni droite est une erreur ! [...] Il n'y a pas eu d'émeutes, ni de casseurs, mais un ras-le-bol face à une fin de non recevoir ! Vous avez légitimé une pression de Brice Hortefeux [Ministre de l'Intérieur et intime du prince Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, NDR]. […] De nombreux mouvements professionnels ont averti les autorités de la gravité des attaques, de l'offense faite à toutes nos libertés, par ce gouvernement ! Des rassemblements sont prévus à Poitiers ! »

C'est une collaboration passive avec un État de droit aux principes républicains bafoués ! Poitiers se fatigue dans l'outrage ; Poitiers se perd en silences de complaisances ; Poitiers est victime du carriérisme !

Le président député-maire leva les yeux et, avec un calme des plus affecté après la bourrasque très contrariante pour un républicain de gauche respectueux de l'État de droit, déclara « Merci madame. Je demande à être jugé sur mes actes et mes déclarations. Vous pouvez consulter le journal officiel ! » Glacé d'effroi, le conseil municipal s'inclina dans un silence de jésuites.
       Comme il est triste qu'un élu de la république s'accoquine de la procédure et des artifices règlementaires pour fuir les réalités démocratiques que constitue la pédagogie menée dans l'enceinte sacrée des séances plénières ! Le citoyen Alain Claeys demande à être jugé ? Il le sera.

[Suite de la séance : Quand Alain Claeys caresse la démocratie participative]


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