Etre ou ne pas être bête en cour sur bouclier...
jeudi  29 juillet  2010
Bonne lecture !
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48ème Chronique

Ryanair : Alain Claeys retrouve le CAP de l'intérêt général et fend l'armure

Kritix, le dimanche 3 janvier 2010 - 757 consultations

Ciel neigeux et bas... La soirée du 18 décembre 2009 débutait à peine... Les rues de Poitiers, toutes immaculées. La circulation se faisait tant bien que mal, silencieuse. Place d'armes, la patinoire ne désemplissait pas... sous les lumières de la ville caressantes, le feutre blanc aidant.

Toits enneigés du collège Henri IV de Poitiers. Décembre 2009.
Toits enneigés du collège Henri IV de Poitiers. Décembre 2009.
© kritix.com

Nul ne sait si Poitiers, pour longtemps, sera transie... en attendant, la féérie gouverne le ralenti du blanc manteau, au dehors. Le débat au dedans. Salle des Échevins bientôt rénovée : les plâtres à essuyer en 2010. Petits et grands élus arrivent, emplissent les souvenirs de l'ère Santrot... De toutes parts, les intempéries hivernales venant contrarier les « délibérations aéroportées » de Poitiers-Biard. Quelle qu'en soit l'issue, la décision semble déjà prise : les déjà-arrivés sont déjà au rendez-vous, téméraires. Rien n'arrêtera des élus décidés à en découdre avec l'irlandaise Ryanair, en délicatesse avec le contribuable poitevin.

18h04, la séance du conseil de la Communauté d'Agglomération de Poitiers (CAP) tarde toujours ; la question Ryanair, c'est l'honneur d'un Conseil en mal de souveraineté... À grand Conseil, grand prélude... Les comportements de la préfectorale ne sont pas là pour calmer les esprits. En coulisse, le consensus semble être arrêté... Affluence des grands jours, le niveau sonore monte, signature.

18h10, le président député-maire prend place. 18H15, Alain Claeys se décide, « On va commencer ! Si vous voulez prendre place, s'il vous plaît. [...] Vous êtes bien énervé : c'est la neige ! » Un peu de neige, rien ne va plus...
       18h18, avec les « Est-là ! Est pas là ! », les empêchements se succèdent malgré la bonne volonté de beaucoup.
       18H25, le chorum est enfin réuni.

Le président de la CAP, embarrassé, avança un détour pour aborder un énième tourment, d'une voix anxiogène, « Avant de passer à l'ordre du jour : demain, le syndicat mixte qui gèrera l'aéroport votera son budget. C'est important pour la CAP. J'ai été amené à réfléchir, dans la mesure où Ryanair prend le prétexte de Poitiers-Barcelone, de réévaluer les subventions. J'ai eu des propos assez durs. C'est une forme de racket ! [L'aéroport] a été mal géré. Je pense à la CAP [Et au fatalisme du président Jacques Santrot, NDR], au conseil général. [...]
       Je ne suis pas contre l'aéroport. J'ai eu une réunion avec le préfet dans mon bureau, avec Anthony Sirault maire de biard, et André Sénécheau conseiller général. [...] Je forme une question : l'aéroport de Poitiers serait-il déclassé ? La réponse a été négative. […] Ayant cette garantie, je fais des propositions :
       - Un moratoire rendant exigible que la subvention 2010 soit identique à celle de 2009. C'est un principe de précaution dans le respect de nos engagements.
       - Nous saisissons l'État. »

       Alain Claeys fit lecture du courrier envoyé au préfet de région Bernard Tomasini, dans laquelle la CAP requiert les subsides de l'État.

Parvis de Notre-Dame la Grande de Poitiers, le 6 janvier 2009.
Parvis de Notre-Dame la Grande de Poitiers, le 6 janvier 2009.
© kritix.com

Le président continua, « Au point où nous en sommes, il faut que la CAP fasse une table ronde avec les collectivités territoriales de la Vienne et la région pour prendre une décision commune [L'union fait la force, NDR]. Cette coopération n'est pas suffisante. C'est une action pas simple. Si nous continuons, nous serons prisonniers par une seule compagnie ! Je ne veux pas que nous soyons un jour contraint par la loi. Globalement c'est un modèle économique [Celui de Ryanair, NDR] qui n'est pas acceptable.
       J'ai vu Claude Bertaud
[Le président du conseil général de la Vienne, ancien collègue d'Alain Claeys. Les deux présidents semblent toujours avoir l'un pour l'autre une estime réciproque. NDR] et la chambre de commerce : je ne vois pas d'autres solutions si l'on veut avoir une position juste, d'avenir. Ça ne sera jamais le moment [Éviter les impasses est toujours ingrat... NDR]. [...] Pour la petite histoire, j'ai toujours été contre le désengagement de l'État : j'ai toujours trouvé scandaleux le dossier de la LGV Tours-Bordeaux [Les idées font leur chemin : la sagesse semble prendre le dessus... NDR]. Mais c'était utile pour Poitiers.
       [Pour la CAP,] c'est 12 années de subventions à Ryanair !
[C'est dire le racket ! NDR] Je souhaite être mandaté par la CAP. Ce n'est pas qu'une question d'argent ; mais c'est la question de la légalité des fonds. [...] Le préfet a eu la gentillesse de venir. Il m'a dit que ce n'était pas à lui de donner la stratégie. Je ne veux pas la politique du pire : c'est un rapport de force... »

Le maire de Biard, Anthony Sirault, d'une petite voix, « On est passé de 90 000 à 300 000 euros : c'est un cercle vicieux, sans fin. C'est une course à toujours plus, une course à arrêter par :
       - Le maintien d'un aéroport garanti par l'État pour la capitale régionale.
       - La volonté d'une négociation réelle avec d'autres compagnies.
       - Un tour de table large : au-delà des gestionnaires de chef-lieux.
       C'est un point important à mettre en œuvre dans l'offre territoriale pour une plus grande efficacité de la dépense publique, avec un mandat [de gestion de l'aéroport] clair. Je forme un souhait de Noël pour que la CAP soit unie. Le budget 2010 sera voté demain par une régie directe. [Il faudra] démarrer avec un budget, une régie, une situation saine. »

Poitiers, parc de Blossac enneigé, décembre 2009.
Poitiers, parc de Blossac enneigé, décembre 2009.
© kritix.com

Claude Eidelstein, maire de Chasseneuil du Poitou, l'allure rassurante et paternaliste, « Il ne faudrait pas sacrifier ce qui a été fait. Ce sera une bonne gestion pour nos finances publiques. »
       Le conseiller Jean Jacques Guérin rappela ses augures, « L'aéroport, j'en suis partisan. Ce que je déclarais il y a quelques années sur le chantage permanent, était qu'il fallait à la CAP une entente pour ne plus se faire avoir au coin du bois. Ce sont des méthodes de voyous, de requins ! Le PDG est devenu milliardaire en quelques années ! En 2003, il y a eu un doute sur la légalité du procédé : la cour d'appel de Nancy avait rejeté ce type de financements. »

La conseillère Christiane Fraysse et son accent ensoleillé, indignée, « C'est une subvention disproportionnée. Le billet à un euro pour Londres : où est la réalité économique ? »
       Le maire de Saint-Benoît, Dominique Clément, ami de Jean Pierre Raffarin, « Un aéroport est nécessaire, mais aujourd'hui l'élastique finit par casser. La posture du rapport de force est légitime, collectivement avec d'autres villes ! »
       Décidément, il semble que la régulation soit redevenue une vertu de la droite française : voilà qui est bon pour la France. L'UMP s'honore à dénoncer l'ultra-libéralisme. Mais quel cruel déferlement éthique que cet acharnement populaire à l'endroit de lamentables opportunistes ; ces pauvres prêcheurs de la dérégulation économique... Jean Pierre Raffarin saura, n'en doutons pas, soutenir son ami Dominique Clément qui a toujours su rester gentleman...

Le conseiller Jean-François Macaire, s'adressant malicieusement au président député-maire, « Je t'apporte mon soutien. Ce bras de fer est nécessaire. C'est courageux ! Je propose une piste... [Il y eu des rires, NDR] de réflexion supplémentaire. [...] Quand on est à Paris et qu'on va à Roissy, on prend un train puis un autobus. On n'a pas de situations comparables [à Poitiers]. Aucune ville ne présente nos caractéristiques. Le coût d'utilisation [de Roissy] est très onéreux. Les compagnies n'auraient-t-elles pas intérêt à délester sur Poitiers ? Le troisième aéroport de Paris ne se fera pas. Est-ce que l'on ne pourrait pas préférer des moyens-courriers en partance pour l'Europe de l'Est ? Poitiers peut avoir cette vision [...] de l'aéroport-gare. »

Poitiers, son bonhomme de neige au parc de Blossac, décembre 2009.
Poitiers, son bonhomme de neige au parc de Blossac, décembre 2009.
© kritix.com

Le conseiller Serge Rouquette, « Il faut faire preuve de pragmatisme, regarder les retombées économiques et ouvrir la voie des négociations. »
       Le maire de Fontaine-le-Comte Philippe Brottier, d'une voix de centaure, « Le maintien est une bonne chose : un fer de lance de la chambre d'industrie. [...] Pour l'État, c'est un rôle de médiateur qui lui revient pour maintenir l'activité aéroportuaire. »
       Le conseiller El Mustapha Belgsir, prudent, « C'est un outil économique important et intéressant qui doit se développer dans nos conditions financières et des rapatriements d'autres lignes pour faire un contre-poids. Je suis tout à fait solidaire. Je pense qu'il y a moyen de développer l'aéroport en piochant d'autres moyens pour d'autres lignes. Les retombées évidentes profitent beaucoup au département. On ne peut plus supporter ce chantage aux pratiques désuètes. La négociation portait sur la ligne Poitiers-Barcelone, mais le comportement de Ryanair est ni logique, ni régulier, ni honnête. »

Le conseiller Robert Rochaud, « Je me félicite des propositions du président. Ce sont des propositions déjà faites. Nous faisons partie de l'association des grandes villes de France » Il présenta l'exemple de Metz, puis continua, « En matière de développement économique, les Verts n'ont jamais contesté les retombées. Pourquoi ne pas subventionner le train ? Sur le bilan carbone, il n'y a pas photo ! Si tout le mode vivait comme nous, il faudrait trois terres. Avec nos comportements, demain, les vols diminueront forcément. En terme de développement, c'est faire fausse route. Il faut mettre un arrêt au chantage des Low-Cost qui auront vocation à disparaître ! »

Saint Pierre et sa coiffe de neige, veillant sur sa bonne cathédrale de Poitiers, le 6 janvier 2009.
Saint Pierre et sa coiffe de neige, veillant sur sa bonne cathédrale de Poitiers, le 6 janvier 2009.
© kritix.com

Le conseiller Jean-Daniel Blusseau, très au fait du racket de Ryanair, « Ce partage est positif. La position est offensive, non de repli sur soi. On évitera le piège du "ils vont faire mourir l'aéroport". [...] On ne peut pas faire n'importe quoi avec l'argent du contribuable ! [Voilà qui est bien et dignement dit ! NDR] Cette position me paraît intéressante. Le conseil général pourra être serein [Le conseiller Blusseau est aussi conseiller général de la Vienne, NDR] »

Alain Claeys, très indulgent, « Je ne jète la pierre à personne ! C'est une continuité. Le dossier des infrastructures est essentiel. Il y a une cohérence entre LGV et aéroport. On est une ville qui doit se désenclaver : je voudrais saluer Jacques Santrot. L'avion sera toujours utile ; sur les moyennes distances, le train c'est un vrai bonheur ! Faire bouger les lignes est notre meilleure garantie. Il n'y a aucune intention partisane : l'État prend conscience de cette surenchère. »

Et le président député-maire, devant ses conseillers, les yeux dans les yeux, proclama, « Adoptée à l'unanimité ! » Les élus applaudirent : l'intérêt général étant enfin dignement défendu.

[Prochainement, la suite du Conseil de la CAP...]


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