Etre ou ne pas être bête en cour sur bouclier...
jeudi  29 juillet  2010
Bonne lecture !
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33ème Chronique

CAP sur LGV : le côté obscur de la transparence

Kritix, le dimanche 27 septembre 2009 - 557 consultations

Salle des Échevins, les esprits étaient en ébullition. L'atmosphère desséchait les voix. Ce 25 septembre 2009, la conseillère suppléante Maryse Desbourdes emmena à sa suite un cortège de citoyens très remontés, outrés, désabusés. Le collectif « Non à la LGV Poitiers-Limoges » s'imposa au conseil de la Communauté d'Agglomération de Poitiers. Le président alla au-devant de ces sans-grades assemblés en fond de salle, parlementa et s'en retourna présider, « Bon, s'il vous plaît, que les uns et les autres prennent place ! »

Trois membres du collectif
Trois membres du collectif "Non à la LGV Poitiers-Limoges", lors de la suspension de la séance publique du conseil de la CAP du 25 septembre 2009.
© kritix.com

Cette effraction citoyenne laissa coi la plupart des élus qui, fébriles, se rangèrent derrière l'autorité de la chose jugée ; derrière leur délibération. Le théâtre des apparences précéda celui des ombres et, ombrageux, le président Alain Claeys se présenta en parangon de vertu républicaine. Il rappela sa promesse de suspension de séance, s'inclina devant les récalcitrants, malotrus désignés avec toute la politesse qu'un digne notable sait administrer par devers lui : « Vous êtes ici les bienvenus ! […] Comme je m'y suis engagé, je suspends la séance. [...] C'est le débat démocratique ; c'est bien normal ! »

Songeur, en patriarche, il scruta ces bonnes âmes qui, agitées, prirent place. L'appel des élus s'étira... Le réunion du chorum tarda... La députée européenne et conseillère Bernadette Vergnaud brilla par son absence, peut-être occupée à nettoyer sa permanence maculée de lait, depuis que nos bons producteurs locaux se sont élevés devant cette complicité passive, cette trahison électorale, cette complaisance politique que l'abstention du PSE sur le vote Jose Manuel Barroso ne saurait édulcorer. Alain Claeys agacé, « On est nombreux. Je demande le calme pour que l'on puisse s'exprimer ! »

Le collectif lut un communiqué sur le ton de la colère. Il s'indigna des méthodes employées pour décider du tracé de la LGV Poitiers-Limoges, depuis les menées d'une élue locale corrézienne, une certaine Bernadette Chirac... « Le projet est politique. […] Nous avons pour preuve la discrétion avec laquelle [le projet] fut voté ! C'est un siècle qu'il faudra pour la rentabiliser, pas 50 ans ! […] Le mépris de RFF [à notre encontre] est intolérable ! […] Nous demandons l'abandon de ce projet somptuaire pour être à l'écoute des citoyens dans un monde matérialiste qui nous étouffe ! […] Ce projet ne nous apparait pas d'intérêt publique ! » Les insurgés dénonceront enfin le développement ferroviaire privé pour les grands centres urbains au détriment de la ruralité : l'aménagement ferroviaire du territoire est essentiellement marqué par la rentabilité, non par le service publique ; le service rendu à tout citoyen, sur tout le territoire. Il est intéressant de constater que les prétendus défenseurs du service publique peuvent avoir un discours purement électoraliste, très loin de l'intérêt général, de la trop fameuse solidarité tant déclamée sur tous les bans !

Le président Alain Claeys à la gauche de son vice-président Claude Eidelstein, lors de la séance publique du conseil de la CAP du 25 septembre 2009.
Le président Alain Claeys à la gauche de son vice-président Claude Eidelstein, lors de la séance publique du conseil de la CAP du 25 septembre 2009.
© kritix.com

Le président, solennel, tandis que le collectif se faisait rabrouer, « L'ensemble des maires de la CAP rendra sa position commune la semaine prochaine. » Puis le député Alain Claeys s'invita, fit effraction « J'ai voté le Grenelle de l'Environnement, […] je renouvelle ma position ! […] Je pense que la liaison Est-Ouest est une chance pour le pays. […] Pour être tout à fait honnête, la concertation a commencé avant mon mandat[celui de son ami Jacques Santrot, ndr] »

A la bonne heure ! L'argument du palais bourbon de l'Environnement souligne un certain conflit de compétences en région, où l'élu local doit répondre de la politique locale, non de la politique nationale, à la merci des palais nationaux ! Lassé, le collectif voulut intervenir... Mais lors de ce type d'échange, la réponse est impossible : c'est pourquoi on laisse le contradicteur tirer le premier feu, puisqu'il n'y en aura pas de second. C'est cela l'écoute et la bienvenue, lors d'une suspension de séance publique...

Le président, martial, « Je continue même si vous voulez m'empêcher de parler ! […] La concertation avec RFF n'est pas satisfaisante, […] [mais] les conditions ne sont pas réunies pour débattre [ici]. [...] Je respecte toutes les positions honnêtes. Il faut de la clarté, de la transparence : la lettre des maires [répondant aux questions du Collectif] sera rendue publique. […] [Mais nous avons toujours pensé que] c'est à l'État d'être maître d'ouvrage. » Quel unanimisme ! Quel unanimité pour une lettre de réponse publique qui permet opportunément de fondre les responsabilités et de confondre les uns et les autres pour mieux les soumettre ! La docilité est de mise ; impérieuse.

Se tournant vers l'élue incrédule Maryse Desbourdes, le président, le regard sombre : « Je crois avoir respecté les engagements des uns et des autres. » Tout se faisant en catimini, hors séances publiques, avec débat formel (ladite concertation...) à postériori ; il semble que les marchandages de toutes sortes soient, ici, bien en cour...

Avaler des couleuvres est la condition du courtisan fasciné par un pouvoir qui l'oblige peu, pour une république française qui abandonne toujours plus de souveraineté, tant les affres de la dette sarkozyste se font saignants...

Ornement de la salle du Blason de l'hôtel de ville de Poitiers, en 2009.
Ornement de la salle du Blason de l'hôtel de ville de Poitiers, en 2009.
© kritix.com

Alain Claeys en grand ordonnateur, se pose en gardien de la démocratie représentative. Mais la question est-elle bien celle là ? N'oublions jamais que la représentation nationale répond de programmes électoraux ; n'oublions jamais que les promesses ne s'étendent jamais aux non-dits ! En l'espèce, les aménagements choisis de lignes LGV n'ont pas fait l'objet de débats publiques dans le cadre de l'élection municipale... Gouverner revêt tous les possibles. Celui qui gouverne est responsable devant tous les électeurs et devra assumer ses actes ; il devra discerner, parmi le champ décisionnel, ce qui est démocratique de ce qui ne l'est pas. Si les citoyens rebelles se sentent trahis par la représentation nationale, ils sauront toujours contourner les manœuvres échafaudées dans les arcanes d'une élite déchue de facto. Le juridique du statut n'est que le socle des ombres...

En bon Goupil, la CAP sert en after une concertation que son service de communication, son service juridique et politique, saura mener avec le parler juste et vrai du vaste commentaire de la chose jugée et décidée dans la plus grande discrétion. Face à cette démission, ne reste plus que le respect dû à la représentation nationale... tant que la majorité des électeurs en décidera ainsi.

Non, vraiment, la transparence ne dérange personne...

[le conseil à la manœuvre, dans Is not CAP sexy ?]


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Trombinoscope de la Communauté d'Agglomération de Poitiers [pdf]
 
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